Rappel de la problématique
Les affections musculo-squelettiques comptent parmi les problèmes chroniques les plus fréquents au Canada et 41,9 % des personnes âgées de 65 ans et plus en souffrent. Dans ce groupe d’âge, l’arthrite représente la première cause de limitation d’activités et est associée à la présence de douleurs chroniques (Asche et al, 1996; Badley et al, 1998; Raina et al, 1998) Plusieurs études ont démontré que l’efficacité des traitements médicaux peut être augmentée en les jumelant avec des programmes d’autogestion de l’arthrite (Goeppinger et al, 1997; Lindroth et al, 1997; Taal et al, 1997) Ces programmes semblent améliorer le bien-être physique des participants de même que leur bien-être psychosocial (Elsbett-Koeppen et al, 1998; Taal et al, 1997) Certaines études ont également noté des améliorations tant au niveau de la douleur perçue qu’au niveau des symptômes dépressifs suite à la participation à ce type de programme (Fries et al, 1996; Lindroth et al, 1997; Lorig et Holman, 1989; 1993) Par ailleurs, la majorité de ces programmes sont offerts en groupe à une population d’arthritiques autonomes (Badley et al, 1998; Goeppinger et al, 1997; Hirano et al, 1994; Lindroth et al, 1997). Les personnes âgées arthritiques confinées à la maison en raison de leur état de santé n’ont donc guère accès à ces programmes. C’est dans cette perspective que des professionnels du CLSC René-Cassin, de la Direction de santé publique de Montréal-centre, de l’Université de Montréal et de la Société d’arthrite ont élaboré le programme Mon arthrite, je m’en charge! Celui-ci vise l’autogestion des symptômes de l’arthrite et est adapté à la réalité des aînés arthritiques en perte d’autonomie.
Objectif du projet de recherche
L’objectif de ce projet était d’évaluer les effets du programme sur diverses variables de santé physique, psychologique, sociale et comportementale, et d’étudier les composantes qui influencent ces effets.
Méthodologie de la recherche
Une étude randomisée comprenant un groupe expérimental (programme reçu la première année) et un groupe contrôle sur liste d’attente (programme reçu la deuxième année) a été réalisée. Parmi les participants du groupe expérimental, un sous-groupe a reçu du renforcement social sous la forme d’appels téléphoniques bimensuels de bénévoles pendant une période de trois mois. Afin d’évaluer les effets du programme, des questionnaires standardisés ont été complétés via des entrevues dirigées par des intervieweurs formés. Six temps de mesure ont été réalisés :
- temps 1 : mesure au point de départ (baseline pour stabilisation des données);
- temps 2 : 2 mois plus tard, soit immédiatement avant le programme pour le groupe expérimental;
- temps 3 : 4 mois plus tard, soit immédiatement après le programme pour le groupe expérimental;
- temps 4 : 1 an après la mesure du point de départ, soit immédiatement avant le programme pour le groupe témoin;
- temps 5 : 2 mois plus tard, soit immédiatement après le programme pour le groupe témoin
- temps 6 : 2 ans après le point de départ.
Comment a été offert le Programme dans le cadre de la recherche
Une quinzaine de CLSC partenaires de la région de Montréal ont référé des aînés pour participer à l'étude. Ces clients provenaient des listes de cas des intervenants du service de maintien à domicile. Le Programme Mon arthrite, je m'en charge! a été offert au domicile de ces clients à raison de 6 rencontres d'environ une heure. Les professionnels qui ont animé le Programme ont été engagés par l'équipe de recherche et ont reçu une formation de 3 heures.
Au total, 125 personnes âgées vivant avec de l’arthrite, confinées à la maison et s’exprimant en français ou en anglais, ont participé à l’étude. Les participants qui présentaient un déficit cognitif ou ayant suivi un programme semblable récemment ont été exclus. Les participants avaient un âge moyen de 78 ans, vivaient avec l'arthrite depuis 24 ans en moyenne, et étaient en majorité des femmes.
Résultats
Les résultats significatifs des différentes analyses effectuées démontrent qu’à court terme, le programme :
- réduit les limitations fonctionnelles perçues;
- diminue le sentiment d’impuissance;
- augmente les habiletés à gérer une situation problématique
- augmente la fréquence et la diversité des exercices physiques pratiqués, ainsi que des activités de relaxation
- améliore le niveau de confiance dans les stratégies de gestion.
L’effet du programme sur le sentiment d’impuissance est plus grand chez les participants qui ont, durant le programme, augmenté leur fréquence de pratique de comportements de santé physique et leur niveau de confiance. Pour ce qui est des limitations fonctionnelles auto-raportées, ces dernières ont diminué significativement plus chez les participants ayant augmenté leur niveau de confiance. À long terme, soit 8 mois après l’intervention, les analyses démontrent que l’augmentation de la pratique des comportements de santé physique est maintenue. L’impact significatif sur les limitations fonctionnelles est également maintenu, mais seulement chez les participants ayant reçu des appels de renforcement aprèes le programme. Conclusion
Le Programme Mon arthrite, je m'en charge! peut être bénéfique pour la santé physique, psychologique, sociale et comportementale des aînés arthritiques en perte d'autonomie.
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